Mon enfant fait-il de l’anxiété de séparation au moment du coucher?
(ou pourquoi ton bébé a des ventouses à la place des doigts quand tu essaies de le mettre au lit)
Si ton bébé se met à pleurer, crier ou te supplier dès que l’heure du dodo approche, rassure-toi : c’est très fréquent. L’anxiété de séparation est une étape normale du développement, souvent plus intense autour de 8 ou 9 mois, mais qui s’estompe vers 18 à 24 mois. Toutefois, sache qu’elle peut parfois revenir en période de stress, changement ou maladie. Voici ce qu’il faut savoir sur l’anxiété de séparation chez les bébés et les tout-petits.
Qu’est-ce que l’anxiété de séparation ?
Pour résumer simplement ce qu’est l’anxiété de séparation, c’est une peur intense d’être séparé de la personne d’attachement, souvent un parent. Cette détresse peut se manifester par des pleurs, des cris, des protestations, et beaucoup de demandes de « encore un câlin ».
Selon les experts, l’anxiété de séparation apparaît quand le bébé commence à reconnaître les personnes familières, anticiper les événements, et comprendre que tu peux partir, mais sans savoir exactement quand tu reviens. Bref, le cerveau de ton bébé fait un énorme saut développemental et ses émotions tentent (tant bien que mal) de suivre. Je te rassure tout de suite, sache qu’il s’agit d’un signe d’attachement sécuritaire. Ton bébé t’aime, se sent en sécurité avec toi, et préfère clairement être près de toi plutôt que seul dans le noir.
Pourquoi l’heure du coucher est-elle si chargée d’émotions chez les jeunes enfants?
Dans la journée, ton enfant vit peut-être déjà plein de petites séparations (changer de pièce, les soins personnels, le moment des tâches domestiques), et parfois des séparations un peu plus longues, comme un séjour chez les grands-parents ou une journée à la garderie. Le coucher par contre, c’est particulier. Si tu te mets à sa place, ça ressemble à ça : « J’étais avec toi et là je dois dormir seul, dans le noir, fatigué,, alors que je préférerais clairement être collé sur toi. »
Ajoutez à ça la fatigue (qui amplifie TOUT), ou parfois la maladie ou un petit rhume et l’anxiété peut être décuplée au moment du dodo.
Est-ce vraiment toujours de l’anxiété de séparation quand ton bébé pleure au coucher?
Pas nécessairement. Même si ça y ressemble beaucoup, parce qu’évidemment, le coucher n’est pas une « vraie » séparation complète. Ton bébé est dans son même chez soi, même lit, même chambre, mêmes odeurs, mêmes repères, et surtout mêmes parents. Si ton bébé pleure même quand tu es à côté de son lit, dans ce cas, ce n’est probablement pas uniquement de l’anxiété de séparation.
Plusieurs autres facteurs peuvent expliquer les pleurs au coucher: une routine imprévisible, de la fatigue accumulée, une surstimulation, des siestes courtes, ou le fait que ton bébé n’a pas encore appris à s’endormir de façon autonome.
Pour essayer de mieux cerner l’anxiété de séparation chez ton bébé, tu peux alors te poser ces questions :
- Est-ce que les siestes ont été correctes aujourd’hui?
- Est-ce que la routine a changé récemment?
- Est-ce que bébé a été très stimulé?
- Est-ce qu’il est malade ou inconfortable?
Bien souvent, il ne s'agit pas d'une seule chose, mais d'un mélange de facteurs. Un petit retour sur la journée peut aider à comprendre ce qui se cache derrière les pleurs.
Les émotions des parents comptent, ça compte aussi
Les bébés sont de véritables éponges émotionnelles. Quand tu es stressé, ton enfant le ressent. Quand le coucher devient tendu au lieu d’être apaisant, ça complique les choses, mais attention, pas de culpabilité ici! Tu fais de ton mieux, avec les outils que tu as, dans la vraie vie.
Voici quelques pistes concrètes pour apaiser les couchers :
- Une routine apaisante: Ne sous-estime jamais le pouvoir d’une routine stable. Elle rend le monde prévisible, sécurisant, autant pour ton enfant que pour toi. Même en période difficile, la routine devient un point d’ancrage pour que le coucher se passe bien. Pour t’aider à établir une routine enveloppante et efficace, tu peux consulter l’article de Parent 360 sur la routine du sommeil.
- Se préparer à la séparation, petit à petit: Avant de quitter la chambre, tu peux dire à ton bébé ce que tu vas faire en verbalisant les étapes (berceuse, câlin, bisous, dodo). La compréhension du langage est souvent bien plus avancée que l’expression. Même s’il ne répond pas, il pourrait comprendre, surtout si les mêmes actions sont souvent répétées dans la routine. Montre-lui que tu es calme et tellement confiant (même si, à l’intérieur, tu trembles peut-être un peu, et on te comprend).
- Les objets rassurants: Un objet transitionnel (toutou, doudou, couverture) peut aider à réconforter bébé au coucher. Dors avec l’objet quelques nuits pour qu’il prenne ton odeur, puis ajoute-le progressivement à la routine du dodo, afin qu’il soit déjà associé à la sécurité quand il pourra l’avoir dans son lit, vers 12 mois.
- Jouer pour apprivoiser la séparation: Des jeux simples comme coucou et cache-cache aident ton bébé à raffiner sa compréhension que les personnes continuent d’exister même quand on ne les voit plus. C’est une compétence clé pour mieux vivre les séparations, y compris au moment du coucher.
- Si ton bébé pleure au coucher: l’objectif n’est pas d’éviter les émotions, mais de les accompagner. Tu peux démontrer de l’empathie, et lui dire que tu comprends que c’est difficile, le rassurer brièvement et pratiquer des séparations graduelles, que ce soit en restant dans la chambre ou en sortant. Le plus important, c’est de demeurer cohérent.e le plus possible dans ton approche.
Et dans le cas des réveils nocturnes? Réponds avec la même cohérence qu’au coucher. Rassure, mais sans repartir complètement à zéro chaque nuit dans l’apprentissage de l’autonomie.
Quand demander un coup de pouce?
Si, après l’âge attendu, ton enfant continue à démontrer une peur très intense et persistante dans des situations de séparation, et que ceci interfère avec son bien-être ou le tien, n’hésite pas à demander de l’aide. Un accompagnement par un psychologue, psychoéducateur ou consultant en sommeil peut faire toute la différence.
En terminant, rappelle-toi que l’anxiété de séparation au coucher est fréquente, normale et souvent passagère. C’est un signe que ton bébé a développé un attachement sain et sécuritaire. Avec de la patience, de la constance et des petites pratiques vers l’autonomie, la confiance de ton enfant va grandir, et le coucher va redevenir un moment doux, calme et réconfortant.
Même si, certains soirs, ça prend juste UN câlin de plus.
Références :
- Sadeh A, Tikotzky L, & Scher A. (2010).. Parenting and infant sleep. Sleep Medecine Review, 14(2), 89-96. doi: 10.1016/j.smrv.2009.05.003. Epub 2009 Jul 23. PMID: 19631566.
- Scher, A. (2008). Maternal separation anxiety as a regulator of infants’ sleep. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 49(6), 618–625. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2007.01872.x
- Siegler, R. S., Saffran, J., Graham, S., & Gershoff, E. (2024). How Children Develop (Canadian ed.). Worth Publishers.


