Les écrans et les tout-petits : comprendre pour mieux accompagner

Aborder le sujet de la gestion des écrans ressemble à l’art de plier un drap contour : ça revient souvent, c’est rarement simple, mais il faut quand même le faire!  Les écrans font maintenant partie du décor. Ils sont dans nos poches, dans nos mains, et oui parfois, dans celles de nos minis, qui les repèrent plus vite que leur ombre. Il faut être honnête : ils sont souvent pratiques, parfois même salvateurs quand une crise se prépare et que la journée a été comparable à un marathon (ou presque).

Mais entre les recommandations et la vraie vie (celle où le café refroidit avant la première gorgée), c’est normal de se sentir un peu perdu-e.

C’est justement pour cette raison qu’il faut en parler. Pas pour juger, ni pour culpabiliser. L’objectif est de mieux comprendre l’impact des écrans sur le développement des enfants pour faire des choix qui respectent tes valeurs et ta réalité.

Pourquoi parle-t-on autant des écrans chez les petits?

Les écrans sont bien présents dans la vie de nos enfants et parfois il peut être difficile de s’y retrouver. Selon la Société canadienne de pédiatrie :

  • De 0 à 2 ans : on essaie d’éviter les écrans.
  • De 2 à 5 ans : on limite à 1 heure par jour.
  • De 6 à 12 ans : on limite à 2 heures par jour.

Et les appels vidéo avec les proches?
Ça ne compte pas! Ce sont de vraies interactions, qui nourrissent le lien – et c’est précieux.

Ces recommandations ne sont pas là pour compliquer la vie des parents, mais pour protéger une période charnière où le cerveau se développe à une vitesse fulgurante, voire vertigineuse.

Un cerveau qui apprend à vitesse grand V

Dans les premières années de vie, le cerveau crée près d’un million de connexions neuronales par seconde. Oui, par seconde! 

Et ce dont il a le plus besoin pour se développer, c’est des expériences réelles : 

  • Interagir
  • Parler
  • Bouger
  • Manipuler
  • Jouer
  • Explorer
Les écrans, eux, offrent surtout une stimulation visuelle et auditive, sans plus. Ils ne remplacent pas les expériences concrètes qui permettent à l’enfant de socialiser, d’apprendre à parler, de comprendre, d’imaginer, de résoudre des problèmes et de créer.

Quand les écrans remplacent des occasions d’apprentissage

L’un des principaux enjeux, c’est ce que l’écran remplace.
Quand un enfant regarde un écran, il n’est pas en train de :

  • Construire une tour de blocs
  • Courir, sauter, grimper
  • Inventer des histoires
  • Poser des questions
  • Enrichir son vocabulaire en échangeant avec un adulte

Ces activités constituent le véritable terrain d’apprentissage pour les enfants.
Devant un écran, elles sont simplement en pause. Le temps d’écran vient réduire des moments clés où se construisent plusieurs aspects du développement.

Les recherches récentes indiquent d’ailleurs qu’une exposition trop grande aux écrans peut nuire à l’attention des tout-petits et freiner le développement de leur langage. Un temps d’écran trop important peut également avoir des effets sur la vision, la motricité et le sommeil des enfants, en plus d’encourager la sédentarité.

La technoférence parentale : quand l’écran coupe la connexion

La technoférence parentale, c’est quand l’utilisation d’un écran par un parent, même brièvement, vient interrompre une interaction avec l’enfant.

Parfois, un simple coup d’œil au téléphone suffit pour que l’attention décroche… sans même qu’on s’en aperçoive. Oui, même les tout-petits remarquent ces micro-ruptures.

Selon l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, une utilisation trop fréquente des écrans par les adultes peut :

  • Réduire la richesse du langage utilisé
  • Diminuer la sensibilité aux signaux de l’enfant
  • Nuire au développement du langage
  • Augmenter les distractions et diminuer le soutien à l’apprentissage

Selon un rapport de l’Observatoire des tout-petits (2024), plusieurs études indiquent que :

  • Une trop grande exposition aux écrans peut nuire au développement du langage et de l’attention.
  • Les parents utilisent des phrases plus courtes et moins variées lorsqu’un écran est allumé à proximité.
  • Un enfant dont les parents utilisent beaucoup leur téléphone a tendance à avoir un vocabulaire plus limité.
  • Les parents peuvent devenir plus distraits et donc moins attentifs aux besoins et aux émotions de l’enfant.
Mais soyons réalistes : ça arrive à tout le monde.
L’idée n’est pas d’être parfait-e.
C’est d’en être conscient-e.

Comment réduire les effets de la technoférence?

Ton enfant ressent quand tu es vraiment présent- e et disponible. Quelques petits gestes simples peuvent faire une grande différence : 

  • Éteindre les écrans inutilisés
  • Créer un tiroir à appareils pour la famille
  • Laisser le téléphone ailleurs lors des moments clés (jeu, routine du dodo, repas)
  • Désactiver les notifications
  • Éviter les écrans pendant les repas
  • Utiliser son appareil par intention plutôt que par réflexe
  • Laisser l’écran de côté quand l’enfant nous parle 
  • Quand tu dois utiliser un écran, nomme ce que tu fais à ton enfant

« Je suis en train de répondre à un courriel. Je termine dans 5 minutes, puis je viens jouer avec toi. »

  • Annoncer la fin ou le retour de l’attention

« J’ai fini. Merci d’avoir attendu, je suis disponible maintenant. »

Et quand tu as besoin de souffler?

Parce que oui, tu as entièrement le droit de respirer, de cuisiner sans un petit koala accroché à ta jambe ou simplement de prendre quelques minutes pour toi. Voici des activités sans écran, réalistes et approuvées par les tout-petits :

Activités autonomes

  • Casse-tête / encastrements
  • Coloriage
  • Pâte à modeler
  • Bac sensoriel

Activités où tu l’impliques (sans trop d’attentes)

  • Mélanger la recette
  • Rincer les légumes
  • Trier (bas, ustensiles, jouets)
  • Petit coin bricolage sur le comptoir

Activités « juste assez » occupantes

  • Panier d’objets 
  • Livres
  • Jeux de construction

Mieux encadrer le temps d’écran

Il arrive à tous les parents d’utiliser les écrans – et c’est normal. Voici comment rendre ces moments plus adaptés :

Choisir un contenu 

  • Lent, simple et calme
  • Représentatif du quotidien
  • Interactif
  • Adapté à l’âge de l’enfant 
  • Sans violence

Regarder ensemble (co-visionnage)

En commentant, en nommant les actions et en faisant des liens :
« Regarde, il met son manteau rouge, comme toi! »

Ces petites interactions transforment un moment d’écran passif… en moment d’échange et d’apprentissage.

Privilégier des courtes périodes
Chaque petite limite compte.

L’essentiel à retenir

Les écrans font partie de nos vies, et ils peuvent être utiles.
Mais le développement des tout-petits se nourrit surtout de : 

  • Jeu libre
  • Interactions
  • Exploration
  • Connexion humaine

Les études récentes confirment que trop d’écrans peut affecter plusieurs sphères du développement. 

Mais elles confirment aussi que les parents font une différence énorme, même avec de petits changements. L’important, c’est d’être conscient-e de leur impact et d’ajuster doucement les habitudes selon ta réalité.

Et si les écrans ont occupé beaucoup de place jusqu’ici, rappelle-toi avec douceur qu’il n’y a aucune culpabilité à porter. Tu fais de ton mieux, avec l’énergie et la réalité du moment. Et surtout, il n’est jamais trop tard pour ajuster les habitudes, pour faire autrement.
Pas besoin de viser la perfection.
Juste d’avancer, un petit geste à la fois.

Marie-Ève Bérubé,
orthophoniste et maman