Comment expliquer et comprendre les réveils nocturnes chez l’enfant?

Quand ton enfant grandit mais que les réveils continuent d’arriver nuit après nuit et semaine après semaine, tu te demandes peut-être pourquoi ils sont si fréquents. Est-ce la faim ou est-ce plutôt les dents? A-t-il peur ou juste besoin de ta présence? Les réveils nocturnes peuvent devenir très lourds et épuisants pour toute la famille, mais avant de chercher à les faire disparaître à tout prix, mieux vaut les comprendre.


Est-ce que les réveils nocturnes sont normaux?

Oui, la plupart des réveils nocturnes sont normaux. La nuit, le sommeil passe par différents stades : de sommeil léger au sommeil plus profond, puis au sommeil paradoxal (aussi appelé sommeil à mouvements oculaires rapides). À la fin d’un cycle, ton enfant repasse souvent vers un sommeil plus léger, où il est plus facile à réveiller. C’est souvent pendant ces transitions que tu peux observer des petits réveils : ton bébé change de position, roule dans son lit, chigne un peu, ouvre les yeux ou t’appelle. Des revues scientifiques démontrent que chez les nourrissons et les enfants, les réveils nocturnes sont fréquents et qu’il existe une grande variabilité d’un enfant à l’autre. Certains se réinstallent seuls et replongent dans le sommeil alors que d’autres ont de la difficulté à se rendormir de façon autonome.


Est-ce la faim qui cause les réveils nocturnes?

L’une des raisons les plus fréquemment énoncées pour expliquer les réveils nocturnes est la faim. Jusqu’à environ 6 à 8 mois, les boires de nuit apportent quelque chose d’utile à l’alimentation de ton bébé. Tu peux donc t’attendre à ce que ton bébé se réveille quelques fois pour boire. Le poids, le développement, la croissance, et l’apport alimentaire dans la journée peuvent tous influencer quand c’est le bon moment pour les éliminer, surtout si les réveils nocturnes perdurent.  Il peut être difficile de savoir si un boire de nuit répond encore à une faim réelle ou à une habitude bien installée.

Le lait a aussi des propriétés qui favorisent le ré-endormissement : il apaise, il réconforte. Le hic, c’est que ton enfant ne peut pas se lever au milieu de la nuit pour se préparer lui.elle-même son boire. Il dépend donc de ton aide, et cette aide peut parfois perpétuer les réveils. Si tu veux t’assurer que ce n’est pas la faim qui cause les multiples réveils de ton bébé, tu peux demander au professionnel de la santé qui suit ton enfant si les boires de nuit sont encore nécessaires à son sain développement. 


Est-ce des associations de sommeil?

Une autre raison fréquente des réveils nocturnes est ce qu’on appelle les associations de sommeil où l’enfant apprend à s’endormir dans certaines conditions. Certaines associations de sommeil sont faciles à répliquer sans aide pour ton bébé, tel que jouer dans ses cheveux ou sucer son pouce. D'autres associations de sommeil requièrent plus d’assistance extérieur (en l'occurrence, toi!). Si ton bébé s’endort dans tes bras, au sein, au biberon ou en se faisant bercer par exemple, il peut être surpris.e de se réveiller plus tard seul.e dans son lit. Même si il.elle est en sécurité, ton bébé peut avoir un moment de confusion: « Attends… comment suis-je  arrivé.e ici? » Certains bébés gèrent bien cette transition. Ils se réveillent, se réorientent, puis se rendorment sans aide. D’autres cherchent à retrouver les conditions exactes présentes au moment de l’endormissement. 

Les recherches sur le sommeil infantile vont dans le même sens: ce qui se passe au moment de l’endormissement et lors des réveils peut influencer la façon dont les réveils évoluent pendant la première année. Tu peux donc essayer de créer des associations de sommeil que ton bébé peut plus facilement reproduire par lui.elle-même.


Est-ce que les poussées dentaires peuvent causer les réveils nocturnes?

Les poussées dentaires sont aussi souvent mentionnées comme hypothèse, et il est vrai qu’un enfant peut être plus irritable ou inconfortable durant ces moments. Cela dit, les périodes de poussées dentaires et les changements de sommeil ne coïncident pas toujours aussi clairement. Même si plusieurs parents observent que leur bébé dort moins bien pendant une poussée dentaire, une étude longitudinale récente utilisant des mesures objectives du sommeil n’a pas trouvé de différence significative entre les nuits associées à la poussée dentaire et les autres nuits. Cela ne veut pas dire que ton bébé ne peut jamais être inconfortable lorsqu’une dent perce, mais plutôt que la poussée dentaire n’explique pas toujours les réveils nocturnes, surtout lorsqu’ils persistent. Ça ne veut pas dire que les dents ne dérangent jamais le sommeil, mais plutôt qu’elles ne sont pas toujours l’unique explication, surtout si les réveils persistent pendant plusieurs semaines. 


Est-ce que la peur peut être la cause des réveils nocturnes?

Les cauchemars et les peurs nocturnes font aussi partie des explications possibles, surtout chez les enfants plus grands. Les résultats d’une étude longitudinale menée auprès d’enfants québécois d’âge préscolaire, démontrent que la majorité des enfants faisaient parfois de mauvais rêves entre 2 ½ ans et 6 ans, alors que les mauvais rêves fréquents étaient beaucoup plus rares (entre 1,3 % à 3,9 % des enfants en faisaient souvent).

Ton enfant peut verbaliser sa peur durant le réveil nocturnes, parfois elle se voit dans ses pleurs, son visage, ou son besoin d’être rassuré.e. Les cauchemars peuvent être racontés, surtout quand l’enfant est assez vieux pour mettre des mots sur ce qu’il a vécu. Les terreurs nocturnes, elles, sont différentes: l’enfant semble très agité ou paniqué, mais il n’est pas pleinement réveillé et ne se souvient généralement pas de l’épisode (faire un lien à l’article sur les terreurs nocturnes).

Autrement dit, un cauchemar occasionnel fait partie du développement normal, alors que des cauchemars très fréquents, persistants ou très perturbants peuvent indiquer qu’il faut regarder plus attentivement ce qui se passe. Il en va de même pour plusieurs peurs nocturnes, comme la fameuse peur du noir, qui peut se manifester vers l’âge de 2 ans. Ton enfant peut naturellement se sentir plus vulnérable le soir et la nuit, et il.elle peut manifester de la peur de temps à autre. Toutefois, si la peur revient régulièrement, nuit à son sommeil ou l’empêche de fonctionner normalement, prends le temps d’en discuter avec ton enfant afin de mieux comprendre ce qui l’inquiète.


Est-ce que notre enfant veut tester nos limites avec les réveils nocturnes?

À d’autres moments, les réveils nocturnes chez ton enfant s’inscrivent davantage dans une période où il.elle teste les limites. Ton enfant développe son autonomie pendant que tu apprends toi-même à établir des limites. La nuit, cela peut se traduire par des demandes répétées: un verre d’eau, un autre câlin, une visite à la toilette, une présence dans la chambre, puis encore une autre. Tester les limites fait souvent partie du développement de l’enfant, et garder un cadre clair et chaleureux peut aider à diminuer ses réveils.


Qu’est-ce que tu peux faire comme parent lors de nombreux réveils nocturnes?

Avant de chercher une solution, commence par observer ce qui se passe et par te poser quelques questions. À quel moment les réveils surviennent-ils? S’ils arrivent surtout en début de nuit, regarde notamment la durée et l’heure des siestes, l’heure du coucher et les signes de fatigue que ton enfant montrait en soirée. S’ils se produisent plutôt en fin de nuit, demande-toi si son horaire de sommeil correspond encore à ses besoins ou si certains éléments de l’environnement, comme la lumière, le bruit ou la température, pourraient favoriser son réveil.

  • Si ton enfant se réveille plusieurs fois par nuit, à des moments assez semblables, observe aussi ce qu’il recherche pour se rendormir. Réclame-t-il le lait, les bras, ta présence ou une intervention semblable à celle qui l’a aidé à s’endormir au coucher? Cela peut suggérer qu’il cherche à retrouver les mêmes conditions entre deux cycles de sommeil.
  • Ton enfant semble-t-il réellement avoir faim? Regarde comment il mange pendant la journée et ce qu’il fait lorsqu’on lui offre du lait la nuit. Boit-il une bonne quantité avec empressement ou prend-il seulement quelques gorgées avant de se rendormir? S’il s’alimente bien le jour et boit très peu la nuit, le lait peut surtout être devenu une façon de se rendormir. Dans ce cas, tu peux essayer de le proposer un peu plus tôt dans la routine du soir, plutôt qu’immédiatement avant l’endormissement.
  • Est-ce que ton enfant semble avoir peur? Tu pourrais le reconnaître à son expression, au fait qu’il s’agrippe à toi, qu’il nomme ce qui lui fait peur ou qu’il raconte un cauchemar. S’il semble plutôt inconfortable, pense aussi à son état pendant la journée: avait-il moins d’énergie, moins d’appétit, de la fièvre, de la congestion ou d’autres signes inhabituels? Un.e enfant qui était en pleine forme toute la journée est généralement moins susceptible d’être réveillé.e uniquement par un inconfort physique, même si cela demeure possible. Si ton enfant ronfle fortement, respire difficilement ou semble avoir mal, il vaut mieux en parler à un professionnel de la santé.
  • Enfin, demande-toi si ces réveils sont nouveaux. Ont-ils commencé après une maladie, un voyage, un changement de routine, l’entrée à la garderie ou une période plus exigeante? Certains enfants réagissent fortement aux changements, et quelques nuits plus difficiles peuvent alors se résorber avec un peu de patience et de la stabilité. Si les réveils se prolongent, observe aussi ce qui pourrait les maintenir: une nouvelle habitude de rendormissement, une intervention différente chaque nuit, un horaire devenu moins adapté ou un élément de l’environnement qui perturbe le sommeil tel que la lumière, la température ou le bruit.

La façon dont ton enfant arrive à se calmer, à se séparer de toi et à retrouver un sentiment de sécurité après un réveil fait partie d’un développement plus large, influencé par votre relation, sa maturation et sa capacité graduelle à se réguler. Comprendre la cause probable des réveils ne règle pas tout, mais ça peut t’aider à répondre plus adéquatement. Par exemple, un bébé de quatre mois qui boit bien la nuit et se rendort rapidement ne demande probablement pas la même réponse qu’un enfant de deux ans qui se lève six fois pour demander de l’eau. Un enfant qui tremble après un cauchemar ne demande pas la même réponse qu’un enfant qui sourit dans le corridor en demandant une troisième fois de se faire border. Si les réveils demeurent fréquents, intenses, ou qu’ils durent depuis plus de deux semaines sans amélioration, ça peut valoir la peine de demander du soutien auprès d’un professionnel pour récupérer le sommeil familial.